La Route du Rhum – Destination Guadeloupe : comment limiter le risque de collisions avec les cétacés

Célèbre course transatlantique française, la Route du Rhum est un événement sportif majeur qui rassemble cette année 138 bateaux. Les skippers partiront ce mercredi 09 novembre à 14h15 depuis le port de la Ville de Saint-Malo, pour rallier Pointe-à-Pitre en Région Guadeloupe.

 

Les courses au large : impacts environnementaux

 

Bien que les participants naviguent grâce à la force du vent, ces courses au large soulèvent néanmoins certaines problématiques environnementales. 

La conception des matériaux utilisés dans la construction de ces bateaux, issus du pétrole et de métaux rares, augmente fortement l’impact carbone. De plus, ils sont dans la plupart des cas non recyclables.

Aussi, les transports et la logistique constituent un problème environnemental majeur. Cette course étant très attendue, nombreux sont les spectateurs qui se déplacent pour assister au départ et à l’arrivée des bateaux. Une fois la course terminée, le retour se fait généralement par avion pour les participants. Les voiliers sont, eux, rapatriés par des cargos. C’est d’ailleurs pour diminuer l’impact carbone de cette logistique que certains skippers ont avancé dans une tribune l’idée d’une course qui revient au point de départ. 

Enfin, la biodiversité marine est également impactée par ces courses, notamment les cétacés qui sont menacés par le risque de collisions. 

 

Crédit photo : Hélène Labach – MIRACETI

 

Des bateaux rapides et silencieux : Les facteurs qui augmentent le risque de collision 

 

A ce jour, il n’existe pas de réglementation sur la vitesse à adopter durant les courses, chaque skipper est libre d’adapter sa navigation. En parallèle, les bateaux sont conçus de façon à optimiser leurs performances, les rendant plus rapides et silencieux. Les matériaux utilisés dans la conception sont de plus en plus résistants, et leur design hydrodynamique rend les appendices des voiliers extrêmement tranchants. En vitesse de pointe, certains peuvent atteindre les 48 nœuds, soit 88 km/h ! 

 

Crédit photo : Andrew Neel

 

La discrétion des voiliers, additionnée à une importante vitesse, augmentent considérablement le risque de collision avec un cétacé. Les baleines et les cachalots peuvent manquer de vigilance face aux menaces que représentent les navires, et par conséquent, ne pas les considérer comme des dangers. De plus, la discrétion sonore des voiliers de course augmente le risque que les animaux ne les perçoivent pas. Quoi qu’il en soit, la vitesse des voiliers est telle qu’ils sont dans la plupart des cas dans l’incapacité de manœuvrer pour les éviter. C’est également ce que montre une étude menée par le Mammal Encounters Education Research (MEER), publiée en 2012 dans le Journal of Cetacean Research and Management sur le site de la Commission Baleinière Internationale (CBI), qui explique que l’augmentation de la vitesse des voiliers contribue à accroître le risque de collision avec un cétacé, ainsi que la gravité des blessures et le risque de mortalité suite à une collision d’après une étude publiée en 2013 par l’association Souffleurs d’Ecume.

Au-delà de l’impact individuel sur les animaux, les collisions entre navires et cétacés représentent également un risque à l’échelle des populations, et ce tout particulièrement pour les petites populations. Leur faible taux de reproduction diminue leur capacité de résilience face à ce risque. Une étude publiée en 2017 par la Commission Baleinière Internationale présente les recommandations pour limiter les impacts des collisions sur les populations de cétacés au niveau mondial.

 

Des solutions pour limiter le risque de collision  

 

Chez MIRACETI, la sensibilisation est une mission prioritaire ! 

Informer et mobiliser le plus grand nombre d’acteurs constitue le premier levier d’action pour limiter le risque de collision. Une meilleure connaissance et compréhension du sujet,des enjeux qu’il soulève, ainsi que des bonnes pratiques, contribue à la diminution de l’impact de chacun. 

Sensibiliser c’est donner du sens et de l’impact aux actions que l’on choisit de mener. 

C’est pourquoi nous intervenons dans le cadre de la Route du Rhum. Nous informons et mobilisons les skippers de la course, premiers acteurs concernés par le risque de collision, sur l’importance de la préservation des cétacés.

Afin de mobiliser les skippers en course sur cette problématique, des vidéos ont été réalisées en collaboration avec Stan Thuret, skipper et cinéaste, et le Sanctuaire Agoa, pour leur présenter les espèces de cétacés qu’il est possible de rencontrer et les sensibiliser sur leur préservation, notamment dans les habitats qu’ils fréquentent.

Pour prévenir le risque de collision, nous avons participé à la mise en place de systèmes de signalement des cétacés. Les participants pourront transmettre leurs observations via la ligne rouge WhatsApp de la direction course. Celles-ci seront partagées à tous les skippers afin qu’ils aient connaissance des positions des cétacés sur leur route. Elles seront également intégrées dans le système shore de REPCET®, dispositif de partage de position des cétacés en temps réel. Ces signalements viendront alimenter la base de données REPCET® et permettront d’améliorer les connaissances sur les espèces et sur les évènements de collisions, ainsi qu’à avertir les navires de la marine marchande déjà équipés du système, de la présence de cétacés. 

En cas de collision ou de near miss event (collision évitée de justesse), nous invitons chaque participant à nous contacter pour témoigner, afin de mieux comprendre et appréhender ces évènements. Une étude publiée en 2006 par la Whale and Dolphin Conservation Society explique l’importance de partager ces phénomènes de collisions.

Avec le même objectif de limitation des risques de collisions, des dispositifs de détection des cétacés sont actuellement en cours de développement (acoustique passive, prédiction de présence, survols aériens, ou encore systèmes d’évitements actifs intégrés dans les bateaux). Très prometteurs, ces technologies pourraient, dans un avenir proche, diminuer considérablement les collisions, notamment dans le cadre des courses au large. Cependant, à ce jour, leur efficacité n’a pas encore été prouvée. 

La coopération des skippers apparaît comme le premier levier indispensable pour limiter les risques de collisions et protéger les cétacés croisés sur la Route du Rhum. Nos préconisations : signaler la position des animaux rencontrés et réduire sa vitesse en cas de signalement sur sa route.

 

 

Cates, K. et al. IWC Strategic Plan to Mitigate Ship Strikes. Strategic Plan to Mitigate the impacts of Ship Strikes on Cetacean Populations. 2017-2020 (https://www.researchgate.net/profile/Gregory-Silber-2/publication/332539367_Strategic_Plan_to_Mitigate_the_Impacts_of_Ship_Strikes_on_Cetacean_Populations_2017-2020/links/5cbada314585156cd7a4844f/Strategic-Plan-to-Mitigate-the-Impacts-of-Ship-Strikes-on-Cetacean-Populations-2017-2020.pdf)

Couvat, J. et al. Souffleurs d’Ecume. Évaluation des solutions techniques et mesures de gestion mises en place à l’échelle internationale pour limiter les risques de collision entre navires et grands cétacés. 2013 (http://www.souffleursdecume.com/docs/SE_2013_eval_solu_collisions.pdf)

Dolman, S. et al. WDCS. Vessel collisions and cetaceans : What happens when they don’t miss the boat. 2006 (https://uk.whales.org/wp-content/uploads/sites/6/2018/08/whales-and-ship-strikes.pdf)

Ritter, F. MEER. Collisions of sailing vessels with cetaceans worldwide : First insights into a seemingly growing problem. Journal of Cetacean Research and Management. 2012 (https://www.researchgate.net/publication/228343289_Collisions_of_sailing_vessels_with_cetaceans_worldwide_First_insights_into_a_seemingly_growing_problem)

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