Prises accidentelles : le Golfe de Gascogne devenu terre d’échouages

Il y a toujours eu des échouages de dauphins dans nos eaux métropolitaines que cela soit dû à des causes naturelles ou liés aux activités humaines. Pour les activités humaines, la pêche, peut notamment causer la mort de cétacés, en particulier des dauphins, lors de captures accidentelles (ou prises accessoires), c’est-à-dire des prises dans les engins de pêche d’espèces non ciblées. Bien que les dauphins soient tous protégés en France, les captures accidentelles dans les engins de pêche sont tolérées, comme spécifié dans un arrêté du 1er juillet 2011.
Cela fait donc d’eux des victimes collatérales du système de la pêche.

Dans le Golfe de Gascogne, la situation des échouages de dauphins causés par la pêche est particulièrement critique depuis 2016. On observe sur la façade Atlantique, une augmentation dramatique, notamment sur la période hivernale, du nombre de dauphins communs, principalement, échoués présentant des évidences de capture liées aux engins de pêche.

Un groupe de travail national a été mis en place à l’hiver 2016/2017, suite à l’échouage de 800 dauphins sur le littoral Atlantique. Il est présidé par la Direction des pêches maritimes et de l’aquaculture (Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation) et réunit la Direction de l’eau et de la biodiversité (Ministère de la Transition écologique), l’Ifremer, l’ Office français de la biodiversité, l’Observatoire Pelagis (chargé de la coordination du Réseau National Echouage (RNE)), le Comité National des Pêches Maritimes et des Elevages Marins et l’Organisation de producteurs et Les Pêcheurs de Bretagne.

En 2017, entre la pointe de la Bretagne et la frontière espagnole, l’observatoire Pelagis, a identifié des pêcheries présentes sur les zones de mortalités des dauphins communs durant l’hiver 2017. Trois groupes de pêcheries sont corrélées positivement avec les zones de mortalité probable des dauphins échoués durant cet hiver. Il s’agit des chaluts pélagiques français, des senneurs danois et français et des chaluts de fond espagnols. Ces analyses servent à mieux comprendre les potentiels liens entre les pêcheries et les échouages de cétacés.

Selon l’observatoire Pelagis, en 2020, ce sont 2000 cadavres de dauphins qui ont été retrouvés échoués sur les plages de la façade Atlantique, ce qui est largement au-dessus de la moyenne de ces 10 dernières années (990 échouages par an) dont 90% présentent des traces externes ou internes de mort dans les engins de pêche. Le nombre de dauphins accidentellement capturés est très probablement supérieur selon l’observatoire, car la majorité des cétacés asphyxiés par les filets ou mortellement blessés coulent ou dérivent au large. Par exemple, au cours de l’hiver 2019, l’observatoire Pelagis estimait une mortalité totale de dauphins communs à environ 11 500 individus.

La France est désormais sous la pression des associations environnementales et surtout de la Commission européenne qui l’a menacé d’une mise en demeure le 2 juillet 2020, si des mesures n’étaient pas mises en place. L’UE donnait 3 mois à la France, pour réduire voire stopper les prises accidentelles qui sont en nette hausse depuis cet hiver 2019 sur les côtes françaises.

 

Le mercredi 7 octobre 2020, lors d’une réunion avec les scientifiques, les ONG et les professionnels du secteur, Annick Girardin, ministre de la Mer, a pris position en présentant un plan basé sur l’amélioration des connaissances du phénomène. “A partir du 1er janvier 2021, il y aura davantage de contrôles sur l’obligation qui est faite aux pêcheurs de déclarer leurs prises dites accessoires. Jusqu’ici ce n’était pas respecté”, déclare Annick Girardin au Journal du Dimanche. Dans ce plan, un ensemble de mesures a été exposé :

  • L’équipement obligatoire toute l’année des chalutiers pélagiques avec des répulsifs acoustiques de type pinger (plutôt que pendant seulement 4 mois actuellement)
  • La déclaration systématique aux Affaires maritimes de toute capture accidentelle et le renforcement des contrôles
  • L’accélération des études sur la population de dauphins et les interactions avec les activités de pêche

Il y aura également une charte à signer par les pêcheurs qui s’engageront à accueillir des observateurs à bord. L’embarquement de caméras pour filmer les remontées des filets, un sujet controversé jusqu’ici, non imposable à tous les navires, sera testé.

Depuis le 1er janvier 2020, plus de 450 carcasses de dauphins ont été retrouvées sur la Côte Atlantique française ! Une année qui commence sur de mauvaises bases pour les dauphins, l’année dernière avait déjà été un mois record avec 134 échouages recensés.Groupe de dauphin et dauphin avec la caudale coupée : © Observatoire Pelagis

Dauphin échoué : © Bruno Bertrand

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