Echouage d’une baleine à bosse près de Montpellier : premiers résultats de l’autopsie

Mercredi 26 mai aux alentours de 9h, un plaisancier signale le corps dérivant d’un baleineau à 1 mile au large de Carnon. 5 heures plus tard, son échouage est signalé sur la commune de Mauguio, et la surprise est de taille : il ne s’agit pas d’un rorqual commun, seule grande espèce de mysticète habituellement présente en Méditerranée, mais d’une baleine à bosse.

Rapidement examiné par un membre du Réseau National Echouage (RNE), le corps de l’animal est ensuite évacué de la plage par les agents du service technique de la commune et amené dans dans une zone propice à son autopsie, qui sera pratiquée 48 heures plus tard par une dizaine de bénévoles du R.N.E. sous la supervision du Dr vétérinaire Caroline Gioan.

Cet examen post-mortem a mis en évidence la maigreur de cette femelle (2,5 tonnes estimées pour 7,40 mètres de long ), ainsi qu’un estomac totalement vide, signe que l’animal ne s’était pas nourri depuis un moment. Des lésions tissulaires, notamment sur les poumons et une partie de l’intestin, ont été relevées, les analyses histologiques ultérieures permettront d’en préciser la nature exacte et de savoir si elles ont un lien avec la cause de la mort de cette jeune mégaptère.

Cet échouage constitue un événement rarissime, car il ne s’agit que du troisième échouage recensé pour cette espèce sur le littoral méditerranéen français, après celui de Cavalaire (83) en mai 1993 et celui de Carry-le-Rouet (13) en juin 2011.

 

Les points communs entre ces échouages ?

D’une part, la période, à savoir le printemps, et d’autre part la taille de ces trois individus, à chaque fois aux environs de 7 mètres, ce qui en fait des individus de moins d’un an. Des échouages de baleine à bosse avec les mêmes caractéristiques se sont également déjà produits sur les côtes espagnoles et italiennes.

Cela permet d’émettre des hypothèses sur l’origine de ces animaux et la raison pour laquelle ils se sont retrouvés en Méditerranée. Dans l’océan Atlantique, il existe une population de baleines à bosse qui se reproduit durant les mois d’hiver dans les eaux entourant les îles du Cap-Vert. Des études de photo-identification ont montré que certains de ces individus étaient ensuite observés durant l’été en Islande ou en Norvège, démontrant l’existence d’une migration printanière entre les eaux chaudes africaines, idéales pour la mise-bas, et les mers nordiques, riches en ressources nutritives.

Durant ce périple, qui amène les baleines à longer les côtes africaines puis européennes, il arrive que certains individus s’égarent et franchissent le détroit de Gibraltar pour entrer en Méditerranée, probablement influencés en partie également par les courants marins dominants à cet endroit.

Ces évènements ont tendance à être de plus en plus fréquents. Avant 1988, il n’y avait que deux mentions officielles certifiées d’observation de baleine à bosse en Méditerranée. Depuis, ce sont plus d’une vingtaine de signalements qui ont pu être authentifiés (J.M Bompar, com. pers.), notamment grâce à des vidéos, des photos, ou des captures accidentelles dans des filets de pêche. La dernière observation notable en date remonte à l’été 2020, où une mère et son jeune de l’année avaient été observés dans le Golfe de Gênes (Italie) en août. L’adulte sera revu seul au mois de novembre, et la photo-identification de sa nageoire caudale permettra de déterminer qu’il s’agissait d’un animal préalablement observé en République Dominicaine…34 ans plus tôt !!

Pour rajouter au caractère exceptionnel de cet évènement, un autre fait a attiré l’attention des cétologues chez l’animal échoué à Mauguio : la coloration sombre de la face dorsale de ses nageoires pectorales, pattern qui ne se rencontre normalement que dans les populations de baleines à bosse de l’hémisphère sud, alors que chez leurs congénères de la zone atlantique nord cette partie du corps est habituellement blanche.

Même si l’hypothèse d’un jeune animal né entre le tropique du Cancer et l’équateur à l’automne et perdu lors de sa première migration reste la plus probable, le caractère de grande voyageuse de cette espèce de cétacé peut nous réserver des surprises. Espérons que les analyses génétiques à venir permettent de lever un peu le voile sur le mystère de l’origine de cette baleine à bosse…

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